A quoi jouez-vous M Peillon ?

Après avoir choisi l’entrée la moins consensuelle (la réforme des rythmes scolaires) pour entamer la refondation, après avoir annoncé la possibilité d’une prime annuelle de 400 euros pour les professeurs des écoles dont l’idée est à présent abandonnée, voilà que vous envisagez de réduire les congés d’été de deux semaines.

A quoi jouez-vous M Peillon ?

Cherchez vous à vous mettre à dos l’intégralité du corps enseignant du 1er degré ? Souhaitez vous démontrer comme le pensent déjà certains qu’il est impossible de réformer l’école et en rejeter la faute sur les professeurs ?

Une inquiétude me gagne. Et si cette succession, de maladresses, de reculades et de provocations diverses aboutissait au final à la disparition même de l’idée de refondation.

Pourtant l’école va mal. Tout le monde en convient et les enseignants du primaire les premiers. Si la réforme est abandonnée on en fera porter la responsabilité aux enseignants (taxés d’immobilisme et de conservatisme) alors qu’ils souhaitent la mise en œuvre d’une véritable refondation. Seulement voilà, ils veulent y être associés. Ils pensent qu’une autre réforme que celle du ministre est possible. Ils souhaitent être consultés et écoutés. Est-ce si scandaleux ?

L’abandon de l’idée même d’une véritable refondation (réduite actuellement à la réforme des rythmes scolaires par le ministre) serait terrible pour l’école et pour les enfants. Au delà de la forme (le temps scolaire) il faut de toute urgence s’attaquer au fond.

En effet, il est urgent dans le 1er degré, de réviser les programmes et de les alléger pour les recentrer enfin sur les fondamentaux. Depuis des années on empile de nouvelles matières. A présent il faut enseigner, la sécurité routière (avec passage du permis piéton et du permis vélo), le développement durable, l’hygiène dentaire, l’histoire des arts, le B2I, le « porter secours », la morale laïque et bientôt l’anglais dès le CP. De fait, les heures consacrées aux fameux fondamentaux (lire, écrire, compter) se réduisent comme peau de chagrin.

Mais revoir les programmes ne suffit pas. Afin de lutter efficacement contre l’échec scolaire, il faut absolument limiter le nombre d’élèves par classe pour permettre une véritable pédagogie différenciée et remettre en place les réseaux d’aides aux enfants en difficultés (RASED). Il faut que l’accueil des enfants en situation de handicap se fasse systématiquement avec la présence à leurs côtés d’un(e) AVS formé(e). Il faut améliorer les conditions d’apprentissages des enfants (avec pourquoi pas un système de péréquation entre les communes riches et les communes pauvres afin de réduire les inégalités entre les différentes écoles de France)

A quoi sert l’école aujourd’hui ? Quels savoirs doit-elle transmettre ? Quelle est sa place ? Quelle est sa mission ?

Il est urgent M Peillon d’apporter des réponses concrètes à ces questions.

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Ma réforme «idéale» ou la semaine d’école à la mode Comenius

Après avoir rêvé récemment que Vincent Peillon lançait une grande consultation nationale auprès des enseignants afin de recueillir leurs propositions les plus audacieuses dont les miennes. Cette nuit, grâce aux pouvoirs infinis de Morphée, j’ai fait l’objet d’une promotion aussi invraisemblable que périlleuse.

Grâce à la divinité grecque, je me suis retrouvée, par décret présidentiel, nommée ministre de l’Éducation Nationale. Rien de moins ! Et, à partir de cet instant me voilà donc en charge de la réforme.

Partant du principe que l’herbe est plus verte ailleurs et que c’est toujours mieux dans l’assiette du voisin je décide de jouer la carte de l’Europe. Je charge mon équipe ministérielle de faire une analyse comparative des différents systèmes scolaires européens afin d’en tirer le meilleur. Mon ambition est, comme le veut ma fonction, des plus modeste : proposer la semaine de classe idéale, réaliser la réforme parfaite

Première étape de ma réforme, revoir les rythmes scolaires. Deux rappels importants, la France, avec seulement 144 jours de classe par an, impose aux élèves un rythme quotidien beaucoup plus lourd que les autres pays. Le temps d’instruction prévu est, en moyenne dans les pays de l’OCDE, de 790 heures par an chez les élèves de 7 et 8 ans, contre 847 heures pour la France (rappelons que ce chiffre s’élevait à 910 heures par an avant la réforme de 2008). Donc, Si le calendrier scolaire français est concentré sur un nombre de jours limités, le volume horaire quotidien et annuel est l’un des plus importants des pays de l’OCDE.

Je décide ensuite d’étudier de plus près le 1er de la classe : La Finlande. Je constate alors avec surprise que les finlandais avec une moyenne de 19 heures de cours hebdomadaires (contre 24 heures pour les petits français) sont néanmoins ceux qui réussissent le mieux les évaluations Pisa (Programme for International Student Assessment ). La performance n’est donc pas liée au nombre d’heures hebdomadaires de classe, bien au contraire.

Première idée : proposer une semaine de classe allégée et alternée, avec le retour une semaine sur deux du samedi matin travaillé (soit une alternance de semaines de 20 heures de classe sur 4 jours et 23 heures de classe sur 4,5 jours)

Le retour du samedi travaillé tous les quinze jours présente un quintuple avantage :

  1. Il permet de récupérer 18 matinées de classe sur l’année
  2. Il permet de conserver la respiration du mercredi (nécessaire au bien être des enfants et des enseignants)
  3. Il ne désorganise pas les modalités de garde des familles séparées
  4. Il permet aux parents de rencontrer plus facilement les enseignants
  5. Il n’oblige pas les collectivités à remettre un jour de plus un système de restauration scolaire fort couteux pour eux

Certes certains devront renoncer deux fois pas mois au départ en week-end dès le vendredi soir et attendre le samedi midi, mais comme l’a si bien dit mon prédécesseur : on demande beaucoup aux enfants, c’est aux adultes maintenant de faire des efforts.

Deuxième proposition, alléger réellement la journée de classe des élèves. Je réduis le temps d’enseignement à cinq heures maximum par jour (la moyenne des pays de l’OCDE est de quatre) avec une pause méridienne d’une durée minimale d’une heure trente et maximale de deux heures. La journée de classe se termine donc à présent pour les enfants à 15h ou 15h30. Ce qui permet la mise en place d’activités périscolaires de qualités. Les enfants ayant le temps de quitter leur établissement (souvent peu ou pas équipé) pour se rendre sur les lieux sportifs ou culturels de leur communes. Autres pistes à envisager, l’intervention au sein des établissements scolaires des associations locales d’aides aux devoirs, des « mamies lecture » (de l’association Lire et faire lire) … sur ce temps périscolaire.

Les chronobiologistes recommandent, pour plus d’efficacité dans l’acquisition des savoirs, un rythme de 7 semaines de cours suivies de deux semaines de vacances, ce que le rythme actuel ne propose pas. Je décide donc d’établir un calendrier scolaire qui respecte cette alternance.

La longueur des vacances d’été varie, pour l’enseignement primaire, du simple au double avec :

‐ 12 ou 13 semaines dans 10 pays (Bulgarie, Estonie, Grèce, Italie, Lettonie, Lituanie, Malte, Portugal, Roumanie et Turquie) ;

‐ 10 ou 11 semaines dans 8 pays (Chypre, Finlande, Hongrie, Irlande, Pologne, Espagne, Suède et Islande).

‐ 9 semaines : la France se trouve dans un groupe de 6 pays (Belgique, République tchèque, Slovaquie, Slovénie et Irlande du nord) ;

‐ 6 semaines dans 4 pays (Allemagne, Pays‐Bas, Royaume‐Uni, Liechtenstein).

Afin d’étaler le nombre de semaines de cours sur l’année, comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays de l’OCDE, je propose la réduction des vacances d’été d’une dizaine de jours.

Dernière étape de ma réforme des rythmes scolaires soumettre à chaque école mon projet à travers une grande consultation nationale. Pour cela je décide de dégager une demi journée de réflexion qui permettra à chaque conseil des maîtres de chaque école de France de se réunir pour faire remonter les analyses, idées et propositions du terrain.

Ensuite viendra le temps de la véritable refondation de l’école avec la réforme des programmes et la redéfinition indispensable du rôle et de la mission dévolue à l’école du XXI ème siècle.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/787560-rythmes-scolaires-je-suis-professeur-des-ecoles-voici-ma-reforme-ideale.html

Et si on arrêtait de bricoler !

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Depuis de nombreuses semaines les annonces sur les rythmes scolaires se suivent et ne se ressemblent pas. Si en Octobre 2012, V. Peillon affirmait « Aucun enfant ne sortira de l’école avant 16h30 » aujourd’hui, le site du Ministère de l’Éducation Nationale précise que «Si les familles préfèrent retrouver leurs enfants dès la fin des enseignements obligatoires, il leur sera possible de venir les chercher» http://www.education.gouv.fr/cid67139/questions-reponses-sur-la-reforme-des-rythmes-a-l-ecole-primaire.html

Cette réforme a pour but de réduire l’échec et les inégalités et pourtant l’Association des Maires de France précise déjà que « l’organisation des activités péri-éducatives et leur gratuité restera à la libre appréciation des élus. » Il est vrai que dans le décret rien n’est dit sur la gratuité ou non de ces activités. Les familles pourront donc être sollicitées financièrement. Belle égalité!

Les collectivités locales ont jusqu’à fin mars pour décider si elles passent à la semaine de quatre jours et demi à la rentrée 2013 ou, à titre dérogatoire, à celle de 2014. La situation évoluent de jour en jour. Après les maires de Nice et Marseille, c’est au tour de Gérard Collomb maire de Lyon d’annoncer mardi 19 février, le report de la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires. Même le maire de Paris, au départ très favorable à sa mise en œuvre dès la rentrée 2013 n’exclut plus (au vu sans doute de la grogne qui monte dans la capitale) la possibilité de décaler la réforme à la rentrée 2014.

Reporter sur l’ensemble du territoire cette réforme des rythmes comme le réclament les principaux syndicats enseignants pourrait permettre la mise en place d’une véritable concertation sur le terrain (on ne cède pas à la précipitation sur tous les sujets : ainsi, le non-cumul des mandats n’entrera pas en vigueur en 2014. Au plus tôt, une loi sera votée en mars 2014 avec une application à partir du 31 décembre 2016. Histoire sans doute de laisser le temps à nos chers élus de s’organiser …)

Personne, au ministère, n’a demandé à ce jour l’avis des enseignants dans les écoles ni sur les rythmes ni sur la loi d’orientation. Ce qui expliquent en grande partie la colère qui enfle et pas seulement à Paris comme aime à le répéter V. Peillon, mais bien dans toute la France (comme l’a démontré la forte mobilisation nationale du 12 février dernier)

Enfin, a-t-on déjà oublié que le Conseil Supérieur de l’Education s’est prononcé à une très large majorité (en Janvier 2013 ) contre le projet de décret.

Cessons le bricolage scolaire. Offrons du temps à l’école pour qu’une véritable réforme puisse se mettre en place. Une réforme concertée, réfléchie, harmonieuse, élaborée avec l’ensemble des acteurs du système éducatif : enseignants compris.

 

La blague du jour

Invité dimanche 17 février 2013 de l’émission C politique sur France 5, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, après avoir exprimé toute sa reconnaissance au corps enseignant, a déclaré que dans l’idéal, il faudrait faire travailler les enfants le mercredi et le samedi matin. Une proposition ingénieuse qui devrait à n’en pas douter satisfaire les chronobiologistes.

Le ministre, taquin, a lui même ajouté à la suite de ses propos « Mais là on va se dire, c’est de la provocation » … Que nenni Monsieur le ministre, on sait bien dans les écoles que vous êtes un sacré blagueur, et que l’idée d’une prime de 400 euros pour les professeurs des écoles est sans doute un gros canular comme l’allégement des programmes scolaires …

Grâce à vous, dans les salles des maîtres on a pas fini de rire !

Martine Rythmes

J’ai fait un rêve …

Cette nuit j’ai fait un rêve, si jubilatoire que je ne peux résister au plaisir de vous le faire partager. Il commence ainsi, j’allume mon ordinateur, je me connecte à I-Prof, je relève ma boîte mails, jusque là, rien de bien palpitant me direz vous… Mais c’est précisément à cet instant que mon rêve bascule dans le fantastique ! Je découvre avec stupeur dans ma messagerie un courrier du ministre de l’Éducation Nationale en personne, qui annonce le lancement d’une grande consultation nationale auprès de ceux qu’il considère, désormais, comme les seuls véritables experts de l’école : les enseignants

« N’hésitez pas » Ecrit-il « soyez audacieux » « Faites nous parvenir vos propositions pour modifier les rythmes scolaires nous les étudierons avec le plus grand soin » …

Au début je pense à une blague, je me dis qu’un collègue furieux a réussi à pirater le serveur académique mais au même instant un flash radio annonce le lancement de la grande consultation. C’est donc vrai !

Alors voilà, moi modeste enseignante du 1er degré, je me lance et je soumets donc ma proposition aux experts de l’Éducation Nationale, aux chronobiologistes, aux pédopsychiatres, aux parents d’élèves, aux maires des 36 680 communes de France et à mes chers collègues enseignants .

Alors si la Refondation de l’école doit absolument s’amorcer par la réforme des rythmes scolaires … Changeons les vite et vraiment !

Pourquoi ne pas imaginer une semaine de classe de 20 heures pour les enfants de primaire. On prend souvent en exemple la Finlande et ses résultats scolaires remarquables. En Finlande, les enfants ont un temps de classe en moyenne de 19 heures par semaine contre 24 heures actuellement pour les petits élèves français. 20 heures répartis sur 4 jours ce qui permet de conserver la respiration du mercredi (indispensable pour les enfants et les enseignants) et d’alléger considérablement la journée de classe (5 heures de cours maximum par jour en primaire comme le préconisait au départ Mr le ministre de l’Éducation Nationale). Évidemment dans cette éventualité il faut alors envisager la réduction des vacances. Et pour être bien certain que les activités périscolaires se déroulent après la classe, envisager d’ajouter au décret qui indique la durée minimale de la pause méridienne une durée maximale ! Voilà qui permettrait sans doute d’améliorer le bien être des enfants et de dégager du temps de concertations pour permettre enfin aux enseignants d’élaborer en commun des projets pédagogiques innovants.

Et si pour l’école le vrai changement c’était maintenant !

Malheureusement au moment où j’allais poster ma réponse le radio réveil s’est déclenché. Zut, j’ai fait un rêve …

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Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président de la République, c’est avec enthousiasme que j’ai accueilli la victoire de la gauche le 6 mai 2012. Après des années de destruction systématique de l’école. D’attaques injustes et blessantes (des enseignants d’élémentaire incapables d’apprendre à lire aux enfants d’après Mr Robien aux enseignants de maternelle réduit à changer les couches d’après Mr Darcos) l’espoir renaît. L’école devient une priorité nationale !

Et puis voilà … Patatras !

Quelques mois après, la grande refondation de l’école tant espérée s’est transformée en modeste réforme des rythmes scolaires. La journée de classe sera allégée à peine de 45 minutes mais les enfants resteront toujours jusqu’à 16h30 minimum en collectivité. Il viendront le mercredi matin en plus (ce qui devra régler tous les problèmes d’échec scolaire !) mais on ne touche surtout pas à l’organisation du temps scolaire sur l’année (trop risqué semble-t-il pour l’industrie du tourisme).

A quand une vraie refondation ?

L’urgence est de s’attaquer à la réforme des contenus. Il faut alléger les programmes, diminuer les effectifs par classe (comment faire un enseignement différencié avec 30 élèves), accueillir partout les enfants en situation de handicap dans de bonnes conditions avec la présence d’un(e) AVS formé(e). Il faut rétablir les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased). Il faut surtout redonner du sens et un grand souffle à l’école !

Oui les enseignants acceptent les changements et ils les souhaitent.
Oui ils adaptent leurs pratiques pédagogiques.
Oui ils évoluent.

Ainsi pour exemple, le cahier de vie de ma classe (sur support papier) à l’intention des enfants et des parents s’est-il transformé depuis plusieurs années en cahier de vie numérique et, c’est sur mon temps libre, grâce à mon ordinateur personnel et à une auto-formation que j’ai pu le créer et que je le fais vivre au quotidien.

A chaque nouveau ministre j’adapte les nouveaux programmes avec l’espoir d’être un jour consultée pour participer à leur élaboration. J’ai eu cette espoir le 6 mai 2012 , malheureusement la déception est à la hauteur des attentes.
Aujourd’hui je me sens à nouveau flouée et méprisée. Ainsi pour certains, je ne serai qu’une égoïste, conservatrice et corporatiste. Incapable de changer, de remettre en questions ses pratiques et ses habitudes. Ainsi je ne me soucierai que de mon bien être oubliant celui des enfants.

Et pourtant alourdir le temps de présence hebdomadaire des enfants à l’école ne me semble pas favorable à l’amélioration de leur bien être. Sans doute par souci d’économie, certaines communes envisagent déjà l’allongement de la « pause » méridienne. Une pause méridienne qui risque de se transformer en garderie géante dans la cour de récréation d’une durée de 2h45, peu propice au repos et à l’épanouissement des enfants.

Sachez enfin, que je me réjouis que Mr le Ministre de l’Éducation National soit le ministre des élèves car c’est bien pour eux que je me rends chaque jour à l’école.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, mes respectueuses salutations.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/781747-rythmes-scolaires-lettre-ouverte-d-une-enseignante-a-francois-hollande.html