Pour le bien être des enfants … Vraiment ?

Jusqu’à présent, environ 30% des enfants français fréquentent les centres de loisirs municipaux. Ce qui permet de conclure assez aisément que les 70% restant bénéficient d’un autre mode de garde lorsqu’ils ne sont pas l’école.

Donc, jusqu’à présent le mercredi 70 % des enfants français ne sont pas en collectivité.

Grâce à la réforme des rythmes imaginée par Vincent Peillon, 100% des enfants auront donc dès 2013, ou au plus tard en 2014, cinq jours de vie en collectivité par semaine contre quatre actuellement et ceci sans interruption, puisque grâce au décret, le mercredi est obligatoire et le samedi dérogatoire.

Une réforme des rythmes pour le bien être des enfants … Vraiment?

On nous martèle que cette réforme devrait permettre de lutter contre la fatigue des enfants. J’avoue que j’ai du mal à considérer cet argument comme absolument évident.

La vie en collectivité c’est, un rythme et des horaires imposés et souvent beaucoup de bruit.

On nous explique que la journée de classe, elle, sera allégée. Pourtant je ne crois pas que les heures de classe soient les moments les plus fatiguant dans la journée d’un enfant. Pour peu qu’on aménage intelligemment l’emploi du temps et qu’on réfléchisse sérieusement aux contenus et à la manière d’enseigner.

A mon humble avis, ce qui est vraiment épuisant pour l’enfant c’est le temps collectif passé hors de la classe :

  • Le temps de cantine et la récréation géante qui suivra si la mairie, soucieuse de faire des économies, choisit l’allongement de la pause méridienne.
  • Devoir toujours courir, et bientôt se lever tôt cinq jours d’affilés pour déjeuner en quatrième vitesse afin de rejoindre l’école à temps.
  • Ce qui est épuisant ce sont les programmes indigestes que les enfants doivent subir.
  • Ce qui est épuisant c’est cette société qui oblige (le plus souvent contre leur gré mais du fait de temps de transports indécents pour faire le trajet domicile- travail) certains parents à confier à l’ école leurs enfants de 7h30 le matin à 18h30 le soir.

Alors, cette réforme des rythmes scolaires, comme elle semble prendre forme sur le terrain, est-elle vraiment pensée dans l’intérêt des enfants ? Ou ne risque-t-elle pas au contraire de faire pire en voulant faire mieux ?

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Pourquoi notre expérience comme enseignant est-elle déconsidérée par principe ?

Une fois de plus l’occasion de renouer le contrat de confiance entre le gouvernement et les enseignants vient de disparaître.

Le sénat vient d’écarter un amendement du groupe  écologiste qui proposait que la moitié du Conseil Supérieur des Programmes soit composée d’enseignants de terrain. Une nouvelle preuve du mépris des dirigeants pour la base. Pour le gouvernement l’expérience et l’analyse du terrain est donc illégitime, nulle raison de faire participer les enseignants à l’élaboration des nouveaux programmes.

Autre amendement repoussé, celui des sénateurs communistes qui voulaient supprimer le service minimum au primaire (mis en place par Xavier Darcos en 2007). Le ministre Vincent Peillon garde donc les mains libres pour « refonder » à sa guise l’école, grâce au service d’accueil minimum qui rend invisibles les mobilisations dans le 1er degré.

Par contre, les amendements écologistes en faveur des langues régionales ont été adoptés. Il était donc plus urgent et essentiel de favoriser l’apprentissage des langues régionales plutôt que d’associer les enseignants à l’élaboration des programmes. Il est vrai que les choix et analyses du gouvernement ne rejoindraient peut-être pas ceux du terrain. Mieux vaut donc l’écarter !

Depuis des années les enseignants réclament un allégement des programmes.

Or chaque nouvelle annonce du ministre semble charger un peu plus la barque Éducation nationale. Non seulement pour le moment personne n’envisage en haut lieu de supprimer quoique ce soit mais de nouvelles matières font leur apparition au gré des déclarations ministérielles : l’anglais dès le CP, l’apprentissage des langues régionales,  l’enseignement de la morale laïque, l’économie solidaire et sociale, le numérique …

Autre bizarrerie, le choix du « plus de maîtres que de classes » au détriment de la réduction de la taille des classes.

Pourtant comme l’a souligné P. Bressoux (directeur de laboratoire des sciences de l’éducation à l’université Pierre-Mendès-France de Grenoble) « La réduction de la taille des classes a des effets positifs sur les résultats des élèves’, mieux encore « La réduction de la taille des classes n’est pas seulement un facteur d’efficacité, c’est aussi un facteur d’équité ». Pourtant le gouvernement choisit l’option enseignants surnuméraires sur laquelle pèse une incertitude quand à l’ efficacité réelle ?

Ce choix est-il idéologique ou motivé par des raisons économiques ? Car il est clair que saupoudrer quelques postes d’enseignants surnuméraires (12 pour la totalité de mon département) coûte bien moins cher à l’Etat que d’alléger les effectifs de l’ensemble des classes de France. Cela permet à moindre coût d’annoncer que la lutte contre l’échec scolaire est une priorité. Pourtant n’oublions pas qu’il y a des enfants en difficultés dans toutes les écoles y compris celles « dites » favorisées.

Ecole : Service ou institution ?

Après avoir confié en 2010, à un journaliste de la Croix : « Pour moi, l’éducation nationale est un peu comme une montgolfière qui se dégonfle et s’effondre : je ne vois pas d’explosion sociale à l’école mais plutôt l’avachissement de l’institution »

Dimanche 12 mai 2013 sur France Culture dans l’émission l’Esprit Public, Philippe Meirieu a déclaré :  » Il y a une forme de contrat qui a été rompu (…) L’école est devenue un service, elle n’est plus une institution. C’est une dérive extrêmement grave. La différence entre un service est une institution pour moi c’est que l’institution ne se mesure pas à la satisfaction des usagers. La qualité de la justice ne se mesure pas à la satisfaction des justiciables. Elle se mesure à sa capacité à incarner des valeurs et en particulier le bien commun et le bien commun scolaire n’est plus identifié donc chacun développe des stratégies individuelles de réussite … »

Un triste constat néanmoins fort pertinent.

La notion de service introduit une logique d’intérêts particuliers. Ainsi trop souvent aujourd’hui la conception du vivre ensemble laisse-t-elle place au seul intérêt individuel. Pourtant l’école doit absolument redevenir une véritable institution, porteuse du bien commun et des valeurs républicaines.

http://www.franceculture.fr/emission-l-esprit-public-thematique-l-education-avec-philippe-meirieu-2013-05-12

Qui s’occupe de redéfinir les missions de la maternelle ?

Sur le site du ministère de l’Éducation Nationale : http://www.education.gouv.fr/archives/2012/refondonslecole/

On trouve cette jolie frise qui résume les 4 étapes de la refondation. Personnellement la première partie me fait franchement sourire :

Capture d’écran 2013-05-06 à 16.53.07

De concertation chez les enseignants nous n’en avons point vu (pourtant d’après la frise ci dessus cette partie occupe une part conséquente dans la refondation). Il n’est sans doute pas nécessaire de mettre en place une concertation avec ceux qui seront chargés sur le terrain d’appliquer au quotidien cette refondation.

Ainsi donc, force est de constater que la modification du fonctionnement pyramidal descendant de l’Éducation Nationale n’est pas au programme de la refondation. Sous la Gauche comme sous la Droite, les enseignants doivent rester à leur place d’ exécutants soumis.

Dans le projet de loi pour la refondation de l’École on trouve aussi ce tableau qui résume les 25 mesures clés : Loi-refondation-25_mesures_cles_239308

Une question m’interpelle. Que devient le point 6 ? : La redéfinition des missions de l’école maternelle

Dans les écoles maternelles, nul ne le sait . Seule information sur le sujet, la redéfinition est prévue pour la rentrée 2014. Elle ne fait donc pas partie de l’élaboration des nouveaux programmes prévus pour 2015. Mais alors, qui au ministère, quel groupe de chercheurs, quel haut conseil, quel comité est chargé de réfléchir à cette redéfinition ? La réflexion a-t-elle même débutée ?  … Mystère !

Quoiqu’il en soit, sur ce sujet comme sur les autres aucune concertation n’a été  lancée auprès de la base enseignante qui devra faire preuve de patience et attendre la prochaine déclaration ministérielle pour en savoir plus.

Jamais deux sans trois ?

Lundi 22 avril, Vincent Peillon confirme que la morale laïque sera enseignée à partir de 2015, à raison d’au moins une heure par semaine de la primaire au collège et de 18 heures par an au lycée. La mise en œuvre de cet enseignement sera définie par le Conseil national des programmes qui définira aussi un mode d’évaluation.

Il me semblait pourtant que l’instruction civique et surtout la pédagogie quotidienne que pratiquent les enseignants dans leurs classes (et lors des récréations) étaient déjà porteuses de valeurs éthiques comme le respect des autres (de leurs liberté de conscience, de leur appartenance …), le refus de la violence comme moyen de régler un conflit …

Visiblement il n’en est rien puisque l’élaboration d’un programme précis pour cet enseignement est nécessaire. Les enseignants attendent donc avec impatience d’être formés pour pouvoir accomplir correctement cette nouvelle mission : Enseigner la morale laïque aux enfants. Pour les adultes on laissera cette responsabilité à messieurs Cahuzac et Guéant

La semaine suivante, lundi 29 avril, à L’Elysée, devant 300 entrepreneurs, François Hollande déclare «  Notre premier devoir, c’est de stimuler l’esprit d’entreprise dans notre pays. C’est d’abord le rôle de l’école » Moi qui pensais que le rôle de l’école est de former de futurs citoyens (capable de réfléchir, de développer leur sens critique et d’analyser le monde qui les entoure) je me suis donc lourdement trompée ? Le véritable rôle de l’école est donc principalement, d’après notre président, de former de futurs travailleurs, éventuellement salariés mais de préférence entrepreneurs (les seuls véritables créateurs de richesses).

Comme le dit l’adage : jamais deux sans trois.

Que nous réserve donc la journée du lundi 6 mai ?

Malgré l’inquiétude qui me gagne je vais tenter de profiter sereinement de mon week-end.