Pas de refondation de l’école sans refondation de l’inspection

Merci à vous monsieur Frackowiak pour ce billet :

Pas de refondation de l’école sans refondation de l’inspection.

« Il y a bien longtemps que je plaide pour une refondation de l’inspection. Ancien instituteur et maître formateur, inspecteur durant 30 ans dans le Nord, je considérais, avec quelques collègues bien peu nombreux il est vrai, que ce système d’inspection était devenu complètement archaïque. Obstacle à la rénovation de l’école, frein à la mobilisation de l’intelligence collective des acteurs eux-mêmes, facteur important d’amertume et de mal-être, il était parvenu aux limites de l’absurde avec la promulgation de la loi de 1989, les cycles, les projets d’école, les contrats éducatifs locaux

Certains spécialistes en étaient venus à annoncer l’extinction de ce corps anachronique, malgré la force du conservatisme et la puissance de divers lobbies. L’exemple de la Finlande et de nombreux autres pays où les performances scolaires sont remarquées et où l’inspection à la française fait rire, a donné un nouvel éclairage au problème.

Le syndicat majoritaire des inspecteurs, le SIEN UNSA avait d’ailleurs ébauché quelques pistes pour une redéfinition des missions et des pratiques. Le syndicat minoritaire SNPI FSU, conscient du poids de l’inspection dans la souffrance des enseignants, avait  courageusement proposé un code de déontologie à étudier avec les enseignants eux-mêmes. Le pourrissement de la situation était atténué par l’exploitation de « bonnes pratiques » mais le rôle de la hiérarchie intermédiaire dans la dénonciation et la chasse aux désobéisseurs a considérablement mis en doute la bonne foi des défenseurs du passé. « Monsieur l’Inspecteur, vous savez tout cela par cœur » disait une ritournelle célèbre.

La remise en cause du métier aurait bien pu aboutir à une extinction définitive et sans doute salutaire de pratiques obsolètes si une nouvelle ère n’avait pas surgi avec Sarkozy / Darcos. Avec la réduction brutalement imposée de la semaine scolaire, avec les « nouveaux vieux programmes » de 2008 et la pensée unique, avec la fin de la formation professionnelle des enseignants, avec une vague animation pédagogique se substituant à la formation continue, avec le soutien obligatoire en heures supplémentaires pour les enfants stigmatisés, le pouvoir a eu besoin de caporaux. Le développement de l’autoritarisme, avec de nouvelles générations de petits chefs formatés au centre de conditionnement de l’ESEN, lié à « l’administratisation », à la technicisation, au règne de l’évaluationnite technocratique et au culte de l’apparence,  a accéléré la déshumanisation du système.

Les inspecteurs soudain mus en « jeunes » cadres dynamiques, armés de leur ordinateur, de leurs courbes et camemberts, sont devenus des contrôleurs et des fabricants de feuilles de route. « Montrez moi vos évaluations et je vous donnerai votre feuille de route ». De plus en plus menacés et contestés, ils trouvaient là une sortie possible de leur crise et une occasion de survivre. Un grand nombre d’entre eux n’aurait jamais su mettre en œuvre eux-mêmes la feuille de route qu’ils imposaient avec leurs nouvelles certitudes, la plupart ayant oublié les difficultés du métier.

On aurait pu espérer que la volonté affichée de refonder l’école allait conduire inéluctablement à une refondation du système, de sa gouvernance, de la « gestion des ressources humaines », à la fin de l’effet « pyramide / tuyaux d’orgues / parapluies », à une remise en cause de l’autoritarisme et du mépris, à la démocratisation des pratiques, au dialogue vrai entre inspecteur  et inspecté. Il faut bien reconnaître que deux ans après la loi de refondation, il n’en est rien. C’est même souvent pire, les caporaux formatés, tranquillisés par le pouvoir, s’en donnant à cœur joie pour imposer, contrôler, sévir, décréter, technocratiser… et accroître la souffrance, la démobilisation, l’amertume, la résistance passive, l’infantilisation… Il  y a pourtant d’autres voies pour accompagner les enseignants dans leurs évolutions, la première étant fondée sur la confiance.

Après une période de latence ou d’espoirs, je reçois à nouveau des dizaines de témoignages qui prouvent que rien n’a changé, au contraire.

L’affaire Risso en est une belle illustration. Ce directeur suspendu depuis plus d’un an pour n’avoir pas su gérer une bagarre de cour de récréation, alors que sa hiérarchie (IEN, IENA, DASEN) a accumulé les erreurs selon un rapport de l’inspection Générale, mais surtout pour avoir dénoncé les politiques destructrices de l’école de la droite (eh oui ! On peut être sanctionné sous la gauche pour avoir critiqué les politiques de droite) et les dérives autoritaristes avec ses bandes dessinées et ses petits dessins humoristiques, vient d’être rétabli dans ses droits et son honneur par le Tribunal Administratif, mais le DASEN résiste impunément. On peut tuer un enseignant, mais il est exclu de sanctionner un chef quoiqu’il fasse, puisqu’un chef ne se trompe jamais, même quand, c’est le cas, il renie ses propres engagements..

Et ce témoignage poignant de  5 pages, sur lequel je reviendrai tant il est aberrant, dont voici quelques lignes : « Exercer dans une école est devenue une souffrance. J’ai peur. Des enfants, de les faire trop travailler ou pas assez, des relations avec les collègues, de la hiérarchie bien sûr. Je le vis d’autant plus mal qu’enfant, j’ai été une élève heureuse qui croyait (trop peut être) à l’omniscience de ses enseignants. Je suis une enfant d’enseignants mais aussi une petite fille, une arrière petite fille et une arrière arrière petite fille d’enseignants. Je crois à l’école Républicaine libre et laïque de Ferry comme on peut y croire dans “Le cheval d’orgueil”. Nous non plus, on n’allait pas à l’église: on n’en avait pas besoin car on avait l’école. L’attitude de ces 2 IEN – que je décrirai prochainement – est donc un vrai déchirement, professionnel, personnel, familial. »

 

Et ces « entretiens » déstabilisants avec ces conseils qui ne sont que des critiques en creux, ignorant l’histoire de la personne. Et ces méthodes imposées. Et ces tonnes de paperasse à rendre pour hier.  Et ces réunions inutiles. Etc

 

De hauts responsables me disent que tout cela est marginal et caricatural. De nombreux anciens collègues me disent que j’exagère et qu’en tout cas, « les autres peut-être, mais pas eux », évidemment.

 

Je vais prouver qu’à l’heure de la refondation et du projet éducatif de territoire s’il existe sérieusement un jour, rien n’a changé. Il s’agit quasiment d’une maladie infantile du pouvoir dans la pyramide Education Nationale

 

Michel Rocard disait en 1988 : « Les pouvoirs publics ne peuvent donner spontanément que ce qu’ils ont naturellement : l’autorité et la coercition. Or, on ne peut rien bâtir de suffisant avec ces seules armes ». La technocratie au pouvoir l’entendra-t-elle enfin ?  »

http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-frackowiak/061014/pas-de-refondation-de-lecole-sans-refondation-de-linspection

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Lettre ouverte de Benoît Hamon aux parents d’élèves : Quelques petites précisions

« Autour des nouveaux temps scolaires se met en place, pour l’enfant, dans chaque école, un projet éducatif global. »

Dommage que le ministre oublie de préciser que cela dépend malheureusement des communes. Malgré les aides versées les inégalités sur le territoire persistent et se développent. De nombreuses communes réduisant le temps périscolaire à une simple garderie payante.

« La nouvelle organisation de la semaine donne ainsi aux élèves et aux enseignants un emploi du temps plus harmonieux. »

« Le matin d’école supplémentaire permet également une répartition plus équilibrée des heures de classe tout au long de la semaine. »

Dommage que cela ne soit pas le cas à Lyon comme dans de nombreuses autres communes de France, où au titre de l’expérimentation on conserve 3 jours de classe avec 6 heures de cours et où on met en place un weekend qui démarre dès le vendredi midi, allant ainsi à l’encontre de toutes les préconisations de l’Académie de médecine

« Sachez que les équipes académiques ont travaillé, dans chaque commune, main dans la main avec les enseignants, avec vos représentants et avec les élus locaux pour que la modification des temps scolaires se fasse dans les meilleurs conditions ».

C’est une plaisanterie ou le ministre croit-il sincèrement que les choses se sont déroulées ainsi sur le terrain ?

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La lettre du ministre aux parents d’élèves

Pourquoi je ferai grève jeudi 14 novembre

Beaucoup de collègues, à juste titre, craignent que cette grève soit récupérée politiquement par l’Ump. Ainsi, le Maire de Nice Christian Estrosi a-t-il appelé « tous les maires du département à soutenir la grève nationale de Jeudi ». Quelle hypocrisie et quel opportunisme politique de la part d’un ex membre de gouvernement  dont l’action principale en matière d’éducation s’est limitée à un démantèlement systématique de l’École  (réduction aveugle du nombre d’enseignants, disparition des Rased, développement du caporalisme…)

Même si je crains, moi aussi, que certains, localement et nationalement, à des fins électorales, tirent profit de ma participation à la grève, c’est bien le seul moyen qui me reste pour faire entendre mon mécontentement.

Car malgré l’alternance politique je ne suis pas plus, aujourd’hui qu’hier, consultée sur le devenir de l’école.

Dans la mise en place des nouveaux rythmes scolaires, tout se joue entre les maires et les Dasen. L’expertise des enseignants n’est pas souhaitée. Le ministre fait la sourde oreille et annonce que la réforme se passe bien dans 93,5% des communes malgré des remontées catastrophiques.

Le décret malgré les recommandations de l’Académie de médecine rend le mercredi matin travaillé obligatoire au lieu du samedi .

Vincent Peillon refuse de transformer les neuf  demi- journées de classe en cinq jours ce qui permettrait une plus grande souplesse dans l’organisation de la semaine de classe (comme par exemple: libérer une après-midi complète pour le travail en équipe et la mise en place d’activités périscolaires de qualités se déroulant en dehors de l’école). Mais cette souplesse impliquerait une marque de confiance vis à vis des enseignants du 1er degré. Confiance dont bénéficient les enseignants du secondaire nullement tenu de faire classe sur neuf demi- journées. Pourquoi une telle différence de traitement ? La puissance syndicale n’est sans doute pas étrangère à l’affaire.

Rien n’est prévu par le gouvernement pour organiser une péréquation entre les villes riches et les villes pauvres afin de garantir un minimum d’égalité sur le territoire. Enfin, on semble penser en haut lieu que la modification des rythmes scolaires pourra régler le problème de l’échec scolaire ! Oubliant au passage d’autres leviers essentiels, comme la réduction du nombre d’élèves par classe, la remise en marche des réseaux d’aides, la fin des injonctions contradictoires …

La refondation de l’école que nous promettait le gouvernement se transforme peu à peu en une réforme cosmétique qui mécontente tout le monde et ne fera qu’accentuer les inégalités.

Le combat pour l’école est aussi mon combat

C’est pour cela que Jeudi 14 novembre je ferai grève !

Non, la classe n’est pas une salle comme les autres

Pour tous les spécialistes hors-sol des nouveaux rythmes scolaires, je tiens aujourd’hui à leur faire découvrir une réalité qui semble leur avoir totalement échappé : la classe.

Ce lieu occupé durant de nombreuses heures par un enseignant et ses élèves (à ce jour au minimum 864 heures par an en France contre 622 en Allemagne ou 608 en Finlande) n’est pas une vulgaire salle meublée de tables et de chaises mais bel et bien un lieu de vie où se trouvent exposés avec soin sur les murs les travaux des enfants (œuvres plastiques, exposés…) et les supports aux différents apprentissages (frise numérique, frise historique, règles de grammaire, alphabet, poésies, chants…). On trouve aussi souvent des œuvres en cours ou un musée de classe installé sur une étagère ou une table à portée des enfants.

Cet espace classe est aussi régi par des règles de vie qui lui sont propres (chuchoter, se déplacer tranquillement, respecter le matériel commun, les expositions …). Ces règles, travaillées, discutées, élaborées avec les enfants, « grâce » à l’arrivée du périscolaire entre ses murs, volent en éclat à partir de 15H ou 15h45 (c’est au choix selon les communes).

Avec certains animateurs, il devient alors possible de transformer la classe, jusque là lieu de découvertes, d’expérimentations et de transmission des savoirs en une sorte de salle de jeux géante dans laquelle tout ou presque est permis (courir, sauter, hurler, poursuivre ses camarades…)

Comme il est de coutume de prendre ses repas dans l’enceinte de la cantine et non au milieu de la cour de récréation ou dans la BCD, il aurait été judicieux de prévoir des locaux adaptés, dédiés aux activités périscolaires avant de mettre en place la réforme des rythmes. Cette organisation en amont aurait sans doute évité aux enfants, aux enseignants et aux animateurs de nombreuses tensions et de nombreux problèmes.

Seulement voilà il fallait mettre en place cette réforme au plus vite.

Les écoles manquent de place et n’ont pas de locaux adaptés ? Ce n’est qu’un détail ! Les salles de classe feront très bien l’affaire et qu’importe si les enseignants n’ont plus de lieux pour travailler. Innombrables sont ceux qui pensent déjà que les professeurs sont les rois de l’improvisation ne travaillant qu’en présence des enfants.

A défaut d’occuper tout l’espace scolaire, pour cela il faudra attendre septembre 2014, les activités périscolaires occupent aujourd’hui tout l’espace médiatique

Et le temps de classe (le vrai, celui dédié aux apprentissages) semble avoir totalement disparu des préoccupations au profit du temps passé dans la classe.

Comment prôner l’innovation et maintenir un système autoritaire ?

Depuis quelques semaines, le ministre de l’Education Nationale fait part de sa volonté de valoriser les pratiques innovantes des professeurs et pourtant sur le terrain le système hiérarchique à la fois infantilisant et autoritaire est toujours en place. Comment faire admettre aux enseignants que le changement est en marche tandis que pour eux au quotidien, dans la classe comme dans les écoles, rien n’a changé ?

Les inspections sont toujours précédées de l’envoi d’un document ubuesque de quatre à huit pages (parfois véritable pré-interrogatoire) à remplir rapidement et à renvoyer par courriel. Document contenant entre autres des demandes statistiques diverses sur l’école et les fameux tableaux sur les résultats en pourcentages de réussites des élèves aux évaluations nationales pourtant largement décriéesCapture d’écran 2013-09-28 à 14.37.43Capture d’écran 2013-09-28 à 14.37.53

Même pendant le temps de l’inspection, l’IEN est lui aussi affairé à remplir des tableaux et des grilles … Levant à peine (de temps à autre) le nez de son écran afin d’observer subrepticement ce qui se passe réellement dans la classe comme si cela n’avait que peu d’importance.

Les APC (Activités Pédagogiques Complémentaires) qui viennent remplacer l’AP (l’Aide Personnalisée) et doivent offrir une plus grande liberté pédagogique aux enseignants (elles s’adressent à tous les enfants et normalement sont de la responsabilité pédagogique des équipes enseignantes) font elles aussi l’objet d’un contrôle pointilleux pour accord. Dans certaines circonscriptions les IEN demandent aux équipes enseignantes de remplir des tableaux pour renseigner non seulement le contenu précis des APC mais aussi le nombre d’enfants concernés, les horaires choisis, les périodes, les jours et cela pour l’année scolaire entière dès le mois de Septembre. Pour le ministre qui souhaitait que la confiance et la liberté professionnelle soit le principe qui guide la mise en place des APC, c’est raté !

D’autre part on vient d’apprendre par un arrêté publié au Journal officiel du 21 septembre que la prime allouée au Dasen va être augmentée. Il s’agit sans doute de récompenser la loyauté de ce personnel zélé de l’Education Nationale qui n’hésite pas à fermer les yeux sur nombres de dysfonctionnements (absence de projets éducatifs, dérogations qui trahissent l’esprit du décret…) pour faire appliquer au plus vite la réforme des rythmes sur l’ensemble du territoire

Enfin, l’affaire qui touche notre collègue Jacques Risso (suspendu de ses fonctions de directeur et d’enseignant) est éloquente en la matière concernant le fonctionnement féodal de L’Education nationale. Je salue à ce propos Pierre Frackowiack (Inspecteur honoraire de L’Education Nationale) pour son engagement personnel:

« Il est incontestable que de 2007 à 2012, le système éducatif a connu une période de développement sans précédent de l’autoritarisme. Contrôles incessants, enquêtes à rendre pour hier, paperasse invraisemblable que personne ne lit, rappels à l’ordre, sanctions contre les désobéisseurs, menaces et pressions, manœuvres d’isolement des résistants aux politiques de destruction de l’école (« vous êtes le seul de la circonscription à désobéir »). Création d’un climat détestable dont on ne mesure pas suffisamment les conséquences : perte de confiance des acteurs, résistance passive, triche (on répond n’importe quoi pour faire plaisir), démotivation, scepticisme face à la refondation, mal-être. Cette dérive a été permise et renforcée par un formatage rigide de l’encadrement, l’ESEN transformée en centre de conditionnement pour la pensée unique ultra libérale. J’ai maintes fois dénoncé cette dérive.
Avec l’alternance politique, on pouvait espérer une rupture de ce processus implacable et retrouver de la confiance, un climat de travail différent, de la sérénité, une réduction de la paperasse et des injonctions, une incitation à l’expression, au dialogue, au débat, à la mobilisation de l’intelligence collective…
Pas du tout !
Sauf dans quelques circonscriptions animées par des militants de la refondation de l’école, capables de se mobiliser pour le changement, rien ne change…
Jacques Risso, directeur et enseignant expérimenté, dont le travail a été reconnu dans les rapports d’inspection officiels, qui n’a jamais l’objet de sanction, d’avertissement, de menaces formelles, a été suspendu de ses fonctions dans des conditions déplorables. On a mis le feu dans l’école et dans le village et on l’entretient dans des conditions choquantes de la part de responsables du système.
On prétend que la mesure est certes conservatoire mais on condamne Jacques Risso, au mépris du travail réalisé au cours de toute sa carrière, au déshonneur et à l’angoisse pour lui et pour ses proches. Le mal est irréparable. On prétend que la mesure n’a aucun rapport avec sa liberté d’expression et ses dessins, mais tout au long de son « dossier KGB » rassemblé à l’inspection académique par une personne qui ne peut être qu’un spécialiste de ces pratiques policières, on lit des critiques de l’expression de ses désaccords avec les politiques mises en œuvre par MM Darcos et Chatel, de son humour considéré comme de la déloyauté et de la désobéissance aux ordres.
Le motif officiel qui n’occupe qu’une petite partie du dossier est une affaire de harcèlement psychologique entre quelques enfants. Je ne conteste nullement la gravité de telles situations complexes et le devoir impérieux de protéger les intérêts de chaque enfant. Mes 30 ans de carrière d’inspecteur et de pédagogue, mes recherches et mes observations sur le fonctionnement du système, me permettent d’affirmer que
1° si tous les directeurs qui rencontrent des problèmes de ce genre et qui font de leur mieux pour protéger et les enfants et l’école étaient sanctionnés comme l’est de fait Jacques Risso, il n’y aurait plus beaucoup de directeurs en poste en France. L’affaire Risso risque fort d’ailleurs de dissuader de très nombreux collègues de postuler sur des postes dont les charges et la complexité n’ont cessé de s’accroître
2° si Jacques Risso a été en difficulté, c’est que ses supérieurs ont failli. Plutôt que de l’accompagner et de l’aider, voire de prendre les choses en mains intelligemment dans l’intérêt des enfants, de l’école et de la communauté éducative, on a eu de cesse de vouloir profiter de ce problème qui peut surgir dans toutes les écoles de France pour régler des comptes. Comme l’a dit une responsable locale, bien mal conseillée au niveau supérieur : « Il se croyait intouchable, cette fois, on va l’avoir » Ce sont ces supérieurs qui méritent d’être sanctionnés pour incompétence et acharnement injustifiable
On ne l’aura pas.
L’affaire Risso n’est qu’un aspect de cette continuité imposée par un encadrement dont le sevrage avec les politiques ultra libérales autoritaires précédentes est long et difficile.
Nous allons nous mobiliser. Nous allons interpeler le DASEN nouvellement nommé, sans doute ravi d’arriver dans ce magnifique département du Vaucluse, qui n’a aucune responsabilité dans cette affaire mais qui est un peu contraint pas des solidarités de corps et qui hérite d’une véritable bombe. Nous allons alerter le ministère dans les meilleurs délais. Nous allons apporter notre aide aux organisations syndicales qui soutiennent Jacques Risso. Nous aiderons le comité de soutien qui se met spontanément en place malgré la campagne de désinformation organisée en direction des enseignants du secteur
Nos allons combattre pour rappeler ce que j’ai déjà écrit maintes fois : on ne refondera pas l’école sans refonder l’inspection. »

Pierre Frackowiak

Malheureusement malgré ce soutien de poids, M. Becq le nouveau DASEN qui a reconnu avoir commis des erreurs d’appréciation et avoir été mal informé, persiste. Il maintient la sanction et annonce une nouvelle enquête sur Jacques Risso.

Alors la refondation tant espérée par les enseignants, aura-t-elle lieu un jour ou est-elle définitivement enterrée ?

Quelques dessins de Jacques Risso:

Projet d'école

 

Réforme des rythmes scolaires: revue de presse (sept 2013)

Malgré les discours d’autosatisfaction du ministre de l’Education nationale,  » Couac » est le terme qui semble le mieux illustrer la mise en place des nouveaux rythmes scolaires sur le terrain. Petite revue de presse  sur le sujet :

Morceaux choisis:

la Gazette.fr : Premiers « couacs » pour les nouveaux rythmes scolaires

« Nous avons récupéré des bombes, à 16h ! Les enseignants ont pour consigne de ne plus faire de récré, du coup, les enfants n’ont plus de temps pour souffler », constate Katia Arnould, membre du SEP-UNSA, directrice de l’association Espace Jeunesse, qui organise les accueils périscolaires et la réforme pour la mairie du Séquestre (1570 hab., Tarn).

« Par souci de faire profiter les enfants de toutes les activités, nous avons levé des maternelles de la sieste et pressé les élémentaires de choisir leur activité. Les premiers étaient de vrais petits « zombies » et c’était raté aussi pour les seconds », déplore le directeur d’un centre de loisirs en Seine-et-Marne, qui souhaite garder l’anonymat.

L’Express.fr: Rythmes scolaires: « Ma mairie n’était clairement pas prête »

16h50: les grilles s’ouvrent, une jeune femme nous sourit, commence à demander un ou deux noms, puis la petite foule de parents s’engrouffre dans la cour. Celle où les activités de ce fameux temps alternatif, dénommé TAP (temps d’activités périscolaires, mais attention, ce n’est pas du « périscolaire », comme on nous l’a expliqué) ont lieu. Donc, et je le souligne, tous les parents présents entrent dans la cour, où des gamins de moins de 10 ans sont en train de jouer. Ce que je veux dire, c’est que tout le monde peut y rentrer!

« On mammène une petite fille… Qui n’est pas la mienne ! »

De mon côté, je cherche la salle des petites sections pour retrouver ma petite fille. J’essaie une salle, je vois des marmots. Ils ont l’air d’avoir moins de 5 ans. Je demande au jeune animateur s’il y a une « M. »… Il regarde sa liste et me fait non de la tête. Enfin, il m’indique la bonne salle. Je reprécise que je me suis pointée dans une salle de classe au milieu de 30 marmots de moins de 5 ans sans que personne ne me demande à l’entrée qui j’étais…

Je vais donc vers les petites sections et là, deux animatrices demandent aux parents de ne pas aller plus loin -ça me rassure, quand même. Sauf qu’en fait si on peut pas aller plus loin, c’est simplement parce que les gosses sont pas prêts. Bon… ce matin, on m’a pourtant bien dit de ne pas être en retard à 16h50 sous peine de payer du périscolaire.

Puis, une animatrice me demande qui je viens chercher et je lui donne le prénom et le nom de ma fille. Elle va dans la salle et appelle « M. »: « Ta maman est là, où es-tu, ‘M.’? » Elle rouvre la porte et m’amène une petite fille…qui n’est pas la mienne! Là je commence à halluciner quand même, et le temps que j’hallucine, la petite me prends la main, comme pour partir avec moi…

20 minutes.fr : Rythmes scolaires: «Nos enfants se sont retrouvés dehors»

«On a pensé porter plainte». Contacté par 20 Minutes, ce père de deux enfants a le ton grave. La semaine dernière, il a eu la désagréable surprise d’apprendre que son fils de 9 ans était sorti de son école primaire, rue de Bruxelles à Paris (9e). Sauf qu’il était censé participer aux nouveaux ateliers, mis en place par la réforme des rythmes scolaires.

Malgré cette première alerte, suivie d’une mise au point avec sa progéniture, bis repetita. Le vendredi, c’est sa fille de 6 ans qui se retrouvait devant les grilles de l’école à 15h. «Je suis consternée», expliquait à 20 Minutes la mère de la jeune fille. «Nos enfants se sont retrouvés en dehors de l’école. Ça n’aurait jamais dû arriver». Plus de peur que de mal, sauf que les parents sont encore sous le choc.

Ils ont donc décidé d’alerter par mail, Laurent Chabas, l’adjoint au maire du 9e en charge des questions d’éducation. Une rencontre a pu avoir lieu. «C’est malheureux, mais il n’y a pas eu d’incident grave», tempère l’élu, qui reconnaît tout de même le «couac».

Des témoignages pour le moins inquiétants sur la situation réelle, vécue dans nombre de communes qui sont passées à la semaine de 4,5 jours. Souhaitons que le ministère cesse de faire la sourde oreille  et en tire les conclusions qui s’imposent. Cette mise en place précipitée montre qu’au delà des bonnes intentions affichées, non seulement le bien être des enfants est loin d’être garantie, mais dans certains cas, c’est même leur sécurité qui est en jeu.

 

A lire aussi : http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130920.AFP6033/rythmes-scolaires-des-remontees-alarmantes-a-paris-selon-le-snuipp-fsu.html

Une réforme a minima

A propos de la réforme des rythmes scolaires dès 2013 on affirme au ministère de l’Education Nationale que les communes qui ont opté pour la réforme à la rentrée sont « plutôt bien préparées ».

« Il y aura forcément des couacs mais, en fin d’année, plus personne n’en parlera et on s’apercevra que les choses tournent », glisse même un proche de Vincent Peillon

Un bilan positif donc pour la réforme des rythmes scolaires avant même sa mise en place sur le terrain.

A la lecture du discours de Jean-Marc Ayrault aux recteurs et directeurs académiques des services de l’Éducation Nationale du 22 août on peut aussi douter des capacités d’écoute du gouvernement. Ainsi peut-on lire cette surprenante déclaration du Premier Ministre au sujet de la modification des rythmes scolaires Le beau consensus si fortement exprimé il y a quelques mois ne doit pas être oublié

Consensus ! Mais avec qui ? Les communes ? Les parents ? L’Académie de médecine ? Les enseignants ?

Rappelons à M Ayrault que les enseignants du primaire se sont fortement exprimés contre cette réforme en janvier 2012 et surtout lors de la journée de grève nationale du mardi 12 février 2013 avec plus de 60% de grévistes sur l’ensemble du territoire (80% dans mon académie).

Il est à craindre que l’année scolaire à venir ressemble à s’y méprendre à la précédente. Pourtant comment refonder réellement l’école sans entendre les acteurs de terrain, sans prendre en compte leur travail et leurs convictions ?

Il est urgent que le gouvernement reprenne contact avec la base et pas uniquement par l’intermédiaire des recteurs et Dasen forts éloignés des attentes et réalités du terrain.

Pour ma part, j’ai décidé de me replonger dans le rapport de l’Académie nationale de médecine adopté le 19 janvier 2010 à propos de l’aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant.

L’Académie réaffirme le rôle des parents avec l’importance du sommeil pour la bonne santé des enfants : la bonne santé de l’enfant dépend, entre autre, de la qualité de son sommeil dans sa durée et sa régularité.

L’Académie souligne au sujet des rythmes scolaires : le rôle néfaste à cet égard de la semaine dite de 4 jours sur la vigilance et les performances des enfants les deux premiers jours de la semaine liées à une désynchronisation liée au week-end prolongé. On peut donc noter que l’Académie de médecine, pour le bien être des enfants, recommande le retour du samedi travaillé.

Pourtant la réforme des rythmes imaginée par Vincent Peillon rend le mercredi matin travaillé obligatoire et le samedi matin dérogatoire !

En ce qui concerne le temps quotidien de classe, l’Académie préconise pour les jeunes enfants une journée de 4 à 5 heures de cours maximum. 

Dernière préconisation à laquelle je souscris pleinement : il faudrait tenter de diminuer le stress de l’enfant et le surmenage scolaire par des programmes adaptés et non pléthoriques
Malheureusement les nouveaux programmes n’entreront pas en vigueur avant la rentrée 2015 et leur allégement n’est pas certain.

Enfin, quoiqu’il advienne, le nombre annuel d’heures d’enseignement   qui s’élève aujourd’hui à 864 heures en France contre 608 heures en Finlande, 620 heures en Norvège ou 622 heures en Allemagne, sera toujours le même pour les élèves avec la mise en œuvre de la réforme

Ainsi,  la réforme des rythmes scolaires qui va s’appliquer dès la rentrée prochaine pour 22% des écoliers français, améliorera-t-elle la vie des enfants ou n’est-elle qu’une mascarade, une réforme a minima ?