Lettre ouverte de Benoît Hamon aux parents d’élèves : Quelques petites précisions

« Autour des nouveaux temps scolaires se met en place, pour l’enfant, dans chaque école, un projet éducatif global. »

Dommage que le ministre oublie de préciser que cela dépend malheureusement des communes. Malgré les aides versées les inégalités sur le territoire persistent et se développent. De nombreuses communes réduisant le temps périscolaire à une simple garderie payante.

« La nouvelle organisation de la semaine donne ainsi aux élèves et aux enseignants un emploi du temps plus harmonieux. »

« Le matin d’école supplémentaire permet également une répartition plus équilibrée des heures de classe tout au long de la semaine. »

Dommage que cela ne soit pas le cas à Lyon comme dans de nombreuses autres communes de France, où au titre de l’expérimentation on conserve 3 jours de classe avec 6 heures de cours et où on met en place un weekend qui démarre dès le vendredi midi, allant ainsi à l’encontre de toutes les préconisations de l’Académie de médecine

« Sachez que les équipes académiques ont travaillé, dans chaque commune, main dans la main avec les enseignants, avec vos représentants et avec les élus locaux pour que la modification des temps scolaires se fasse dans les meilleurs conditions ».

C’est une plaisanterie ou le ministre croit-il sincèrement que les choses se sont déroulées ainsi sur le terrain ?

Capture d’écran 2014-06-14 à 10.41.02

La lettre du ministre aux parents d’élèves

Publicités

Intérêt supérieur de l’enfant … Cause toujours !

Après avoir brandi à tort et à travers cet argument pour faire passer la pilule de la réforme des rythmes scolaires « l’intérêt supérieur de l’enfant » il semble bien que le lobby du tourisme ait à nouveau gagné la bataille contre ce fameux intérêt et l’avis, pourtant très clair, du Conseil Supérieur de l’Éducation.

Ainsi, comme le dit l’instit’humeurs « grâce à l’intervention du lobby du tourisme, les périodes d’école resteront déséquilibrées sur l’année, certaines zones alternant une période d’à peine plus de 4 semaines après Noël et quasiment 11 semaines en fin d’année. »

Voici une mini revue de presse sur le sujet, du blog de  Mattea Battaglia à l’excellent billet de l’instit’humeurs.

http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2014/01/17/nouveau-calendrier-scolaire-ou-est-linteret-de-lenfant/?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#xtor=RSS-3208

http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2014/01/18/lobby-du-tourisme-1-conseil-superieur-de-leducation-0.html

projet de calendrier 2016/2017: http://www.sien-unsa-education.org/images/stories/documentation/actualites/Projet_calendrier_scolaire_2014-2015_2015-2016_2016-2017.pdf

Non, la classe n’est pas une salle comme les autres

Pour tous les spécialistes hors-sol des nouveaux rythmes scolaires, je tiens aujourd’hui à leur faire découvrir une réalité qui semble leur avoir totalement échappé : la classe.

Ce lieu occupé durant de nombreuses heures par un enseignant et ses élèves (à ce jour au minimum 864 heures par an en France contre 622 en Allemagne ou 608 en Finlande) n’est pas une vulgaire salle meublée de tables et de chaises mais bel et bien un lieu de vie où se trouvent exposés avec soin sur les murs les travaux des enfants (œuvres plastiques, exposés…) et les supports aux différents apprentissages (frise numérique, frise historique, règles de grammaire, alphabet, poésies, chants…). On trouve aussi souvent des œuvres en cours ou un musée de classe installé sur une étagère ou une table à portée des enfants.

Cet espace classe est aussi régi par des règles de vie qui lui sont propres (chuchoter, se déplacer tranquillement, respecter le matériel commun, les expositions …). Ces règles, travaillées, discutées, élaborées avec les enfants, « grâce » à l’arrivée du périscolaire entre ses murs, volent en éclat à partir de 15H ou 15h45 (c’est au choix selon les communes).

Avec certains animateurs, il devient alors possible de transformer la classe, jusque là lieu de découvertes, d’expérimentations et de transmission des savoirs en une sorte de salle de jeux géante dans laquelle tout ou presque est permis (courir, sauter, hurler, poursuivre ses camarades…)

Comme il est de coutume de prendre ses repas dans l’enceinte de la cantine et non au milieu de la cour de récréation ou dans la BCD, il aurait été judicieux de prévoir des locaux adaptés, dédiés aux activités périscolaires avant de mettre en place la réforme des rythmes. Cette organisation en amont aurait sans doute évité aux enfants, aux enseignants et aux animateurs de nombreuses tensions et de nombreux problèmes.

Seulement voilà il fallait mettre en place cette réforme au plus vite.

Les écoles manquent de place et n’ont pas de locaux adaptés ? Ce n’est qu’un détail ! Les salles de classe feront très bien l’affaire et qu’importe si les enseignants n’ont plus de lieux pour travailler. Innombrables sont ceux qui pensent déjà que les professeurs sont les rois de l’improvisation ne travaillant qu’en présence des enfants.

A défaut d’occuper tout l’espace scolaire, pour cela il faudra attendre septembre 2014, les activités périscolaires occupent aujourd’hui tout l’espace médiatique

Et le temps de classe (le vrai, celui dédié aux apprentissages) semble avoir totalement disparu des préoccupations au profit du temps passé dans la classe.

Réforme des rythmes scolaires: revue de presse (sept 2013)

Malgré les discours d’autosatisfaction du ministre de l’Education nationale,  » Couac » est le terme qui semble le mieux illustrer la mise en place des nouveaux rythmes scolaires sur le terrain. Petite revue de presse  sur le sujet :

Morceaux choisis:

la Gazette.fr : Premiers « couacs » pour les nouveaux rythmes scolaires

« Nous avons récupéré des bombes, à 16h ! Les enseignants ont pour consigne de ne plus faire de récré, du coup, les enfants n’ont plus de temps pour souffler », constate Katia Arnould, membre du SEP-UNSA, directrice de l’association Espace Jeunesse, qui organise les accueils périscolaires et la réforme pour la mairie du Séquestre (1570 hab., Tarn).

« Par souci de faire profiter les enfants de toutes les activités, nous avons levé des maternelles de la sieste et pressé les élémentaires de choisir leur activité. Les premiers étaient de vrais petits « zombies » et c’était raté aussi pour les seconds », déplore le directeur d’un centre de loisirs en Seine-et-Marne, qui souhaite garder l’anonymat.

L’Express.fr: Rythmes scolaires: « Ma mairie n’était clairement pas prête »

16h50: les grilles s’ouvrent, une jeune femme nous sourit, commence à demander un ou deux noms, puis la petite foule de parents s’engrouffre dans la cour. Celle où les activités de ce fameux temps alternatif, dénommé TAP (temps d’activités périscolaires, mais attention, ce n’est pas du « périscolaire », comme on nous l’a expliqué) ont lieu. Donc, et je le souligne, tous les parents présents entrent dans la cour, où des gamins de moins de 10 ans sont en train de jouer. Ce que je veux dire, c’est que tout le monde peut y rentrer!

« On mammène une petite fille… Qui n’est pas la mienne ! »

De mon côté, je cherche la salle des petites sections pour retrouver ma petite fille. J’essaie une salle, je vois des marmots. Ils ont l’air d’avoir moins de 5 ans. Je demande au jeune animateur s’il y a une « M. »… Il regarde sa liste et me fait non de la tête. Enfin, il m’indique la bonne salle. Je reprécise que je me suis pointée dans une salle de classe au milieu de 30 marmots de moins de 5 ans sans que personne ne me demande à l’entrée qui j’étais…

Je vais donc vers les petites sections et là, deux animatrices demandent aux parents de ne pas aller plus loin -ça me rassure, quand même. Sauf qu’en fait si on peut pas aller plus loin, c’est simplement parce que les gosses sont pas prêts. Bon… ce matin, on m’a pourtant bien dit de ne pas être en retard à 16h50 sous peine de payer du périscolaire.

Puis, une animatrice me demande qui je viens chercher et je lui donne le prénom et le nom de ma fille. Elle va dans la salle et appelle « M. »: « Ta maman est là, où es-tu, ‘M.’? » Elle rouvre la porte et m’amène une petite fille…qui n’est pas la mienne! Là je commence à halluciner quand même, et le temps que j’hallucine, la petite me prends la main, comme pour partir avec moi…

20 minutes.fr : Rythmes scolaires: «Nos enfants se sont retrouvés dehors»

«On a pensé porter plainte». Contacté par 20 Minutes, ce père de deux enfants a le ton grave. La semaine dernière, il a eu la désagréable surprise d’apprendre que son fils de 9 ans était sorti de son école primaire, rue de Bruxelles à Paris (9e). Sauf qu’il était censé participer aux nouveaux ateliers, mis en place par la réforme des rythmes scolaires.

Malgré cette première alerte, suivie d’une mise au point avec sa progéniture, bis repetita. Le vendredi, c’est sa fille de 6 ans qui se retrouvait devant les grilles de l’école à 15h. «Je suis consternée», expliquait à 20 Minutes la mère de la jeune fille. «Nos enfants se sont retrouvés en dehors de l’école. Ça n’aurait jamais dû arriver». Plus de peur que de mal, sauf que les parents sont encore sous le choc.

Ils ont donc décidé d’alerter par mail, Laurent Chabas, l’adjoint au maire du 9e en charge des questions d’éducation. Une rencontre a pu avoir lieu. «C’est malheureux, mais il n’y a pas eu d’incident grave», tempère l’élu, qui reconnaît tout de même le «couac».

Des témoignages pour le moins inquiétants sur la situation réelle, vécue dans nombre de communes qui sont passées à la semaine de 4,5 jours. Souhaitons que le ministère cesse de faire la sourde oreille  et en tire les conclusions qui s’imposent. Cette mise en place précipitée montre qu’au delà des bonnes intentions affichées, non seulement le bien être des enfants est loin d’être garantie, mais dans certains cas, c’est même leur sécurité qui est en jeu.

 

A lire aussi : http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130920.AFP6033/rythmes-scolaires-des-remontees-alarmantes-a-paris-selon-le-snuipp-fsu.html

Une réforme a minima

A propos de la réforme des rythmes scolaires dès 2013 on affirme au ministère de l’Education Nationale que les communes qui ont opté pour la réforme à la rentrée sont « plutôt bien préparées ».

« Il y aura forcément des couacs mais, en fin d’année, plus personne n’en parlera et on s’apercevra que les choses tournent », glisse même un proche de Vincent Peillon

Un bilan positif donc pour la réforme des rythmes scolaires avant même sa mise en place sur le terrain.

A la lecture du discours de Jean-Marc Ayrault aux recteurs et directeurs académiques des services de l’Éducation Nationale du 22 août on peut aussi douter des capacités d’écoute du gouvernement. Ainsi peut-on lire cette surprenante déclaration du Premier Ministre au sujet de la modification des rythmes scolaires Le beau consensus si fortement exprimé il y a quelques mois ne doit pas être oublié

Consensus ! Mais avec qui ? Les communes ? Les parents ? L’Académie de médecine ? Les enseignants ?

Rappelons à M Ayrault que les enseignants du primaire se sont fortement exprimés contre cette réforme en janvier 2012 et surtout lors de la journée de grève nationale du mardi 12 février 2013 avec plus de 60% de grévistes sur l’ensemble du territoire (80% dans mon académie).

Il est à craindre que l’année scolaire à venir ressemble à s’y méprendre à la précédente. Pourtant comment refonder réellement l’école sans entendre les acteurs de terrain, sans prendre en compte leur travail et leurs convictions ?

Il est urgent que le gouvernement reprenne contact avec la base et pas uniquement par l’intermédiaire des recteurs et Dasen forts éloignés des attentes et réalités du terrain.

Pour ma part, j’ai décidé de me replonger dans le rapport de l’Académie nationale de médecine adopté le 19 janvier 2010 à propos de l’aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant.

L’Académie réaffirme le rôle des parents avec l’importance du sommeil pour la bonne santé des enfants : la bonne santé de l’enfant dépend, entre autre, de la qualité de son sommeil dans sa durée et sa régularité.

L’Académie souligne au sujet des rythmes scolaires : le rôle néfaste à cet égard de la semaine dite de 4 jours sur la vigilance et les performances des enfants les deux premiers jours de la semaine liées à une désynchronisation liée au week-end prolongé. On peut donc noter que l’Académie de médecine, pour le bien être des enfants, recommande le retour du samedi travaillé.

Pourtant la réforme des rythmes imaginée par Vincent Peillon rend le mercredi matin travaillé obligatoire et le samedi matin dérogatoire !

En ce qui concerne le temps quotidien de classe, l’Académie préconise pour les jeunes enfants une journée de 4 à 5 heures de cours maximum. 

Dernière préconisation à laquelle je souscris pleinement : il faudrait tenter de diminuer le stress de l’enfant et le surmenage scolaire par des programmes adaptés et non pléthoriques
Malheureusement les nouveaux programmes n’entreront pas en vigueur avant la rentrée 2015 et leur allégement n’est pas certain.

Enfin, quoiqu’il advienne, le nombre annuel d’heures d’enseignement   qui s’élève aujourd’hui à 864 heures en France contre 608 heures en Finlande, 620 heures en Norvège ou 622 heures en Allemagne, sera toujours le même pour les élèves avec la mise en œuvre de la réforme

Ainsi,  la réforme des rythmes scolaires qui va s’appliquer dès la rentrée prochaine pour 22% des écoliers français, améliorera-t-elle la vie des enfants ou n’est-elle qu’une mascarade, une réforme a minima ?

Education nationale, un monde divisé en castes ?

Liberté...

Alors que je m’étonnais récemment de la réaction hostile de certains collègues du secondaire à ma demande d’équité en matière de primes et de salaires une consœur professeur des écoles m’a répondu : « Beaucoup de professeurs du secondaire construisent leur identité professionnelle par opposition aux professeurs des écoles ».

 Quelques semaines auparavant, Daniel Robin, co-secrétaire général du Snes (Syndicat national des enseignements du second degré), principal syndicat du secondaire justifiait son refus absolu de la bivalence par ces propos : « Autre piste évoquée pour améliorer l’efficacité des enseignants : la bivalence. Nous sommes contre. La bivalence ne résout rien. J’en veux pour preuve ce qui se passe à l’école primaire. Elle produit 15% à 20% d’élèves incapables de suivre au collège, et pourtant, les professeurs des écoles sont plus que bivalents, ils enseignent toutes les matières ». Au delà du fait que cela évite aux enseignants du collège de se poser des questions sur leurs propres pratiques et leur part de responsabilité dans l’échec de ces 20% d’élèves incapables de suivre au collège. Le mépris affiché pour les enseignants du 1er degré est-il le reflet d’un fonctionnement plus général à l’Éducation Nationale où chacun stigmatise l’échelon précédent ?

 Car ce mépris et ce fonctionnement de castes semble se pratiquer du supposé bas de l’échelle jusqu’au supposé plus haut sommet.

 Si une partie des professeurs du collège méprise le travail des professeurs des écoles, il en va de même pour ceux des filières générales vis à vis des filières professionnelles, le lycée par rapport au collège, l’université par rapport au lycée, voire l’élémentaire par rapport à la maternelle …

Moi qui pensais faire partie de la même et grande famille Éducation Nationale… Quelle naïveté !

 Mais pourquoi ce fonctionnement féodal est-il toujours en vigueur ? Stratégie politique du  « diviser pour mieux régner » ?

 Le haut de la pyramide en la personne du ministre illustre parfaitement cette conception du monde. Vincent Peillon (agrégé de philosophie), réforme les rythmes scolaires ou les programmes du primaire sans prendre la peine de consulter les enseignants du 1er degré. Les collectivités et les Dasen décident seuls pour la mise en place des nouveaux rythmes. Les enseignants de terrain n’ont aucune légitimité pour les décideurs et personne n’envisage un instant de demander leur expertise. Comment la base pourrait-elle proposer quelque chose de pertinent au sommet ? Cela est purement inconcevable !

Le Sénat a décidé, le 22 mai dernier, d’imposer la devise de la République « liberté, égalité, fraternité » au fronton des écoles, collèges et lycées. Au delà du geste symbolique,  il est urgent de mettre ces valeurs républicaines au goût du jour au sein même de l’Éducation Nationale pour les élèves mais aussi pour les enseignants.

Sinon Monsieur le ministre, les « intouchables » des écoles, qui se sentent floués, harcelés, discrédités, stigmatisés, humiliés … depuis de nombreuses années, risquent bien un jour prochain de se révolter ou pire encore, se résigner, se désinvestir.

 

Les activités pédagogiques complémentaires

Certaines mairies afin d’alléger le coût de la réforme des rythmes scolaires souhaitent disposer à leur guise des heures d’APC. Voici un petit rappel salutaire:

 La loi d’orientation a transformé les 60 heures d’Aide Personnalisée en 36 heures d’APC (soit 1 heure par semaine).

Les 36 heures d’APC sont du ressort des enseignants. Dans les débats sur la future organisation en semaine de 4 jours et demi, les mairies n’ont pas à se mêler de l’organisation de ce temps scolaire: ni du contenu, ni de la constitution des groupes d’élèves, ni du moment choisi.

Peut-on faire les APC 2 fois 30 minutes sur la pause Méridienne ?

OUI, Sous réserve de conserver 1h30 de pause méridienne

Qu’est-ce qu’on peut faire pendant les APC ?

Les activités pédagogiques complémentaires permettent :

– une aide aux élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages

– une aide au travail personnel

– la mise en œuvre d’une activité prévue par le projet d’école, le cas échéant en lien avec le PEDT. circulaire n° 2013-017 du 6-2-2013

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=67025